Moine_copiste

"La vie d'un copiste du Moyen Âge paraîtrait dure et rigoureuse aux hommes d'aujourd'hui.
Pourtant, ces hommes jouissaient d'une grande considération et menaient une vie plus confortable que leurs contemporains.

    "Les textes écrits ne faisaient pas partie de la vie quotidienne de l'Europe du Moyen Âge, et c'était principalement l'Eglise qui répandait la parole de Dieu et des oeuvres religieuses comme les psaumes par écrit. La majorité des copistes étaient des moines qui appartenaient à une communauté religieuse et étaient formés par des moines plus âgés.
    "Les missionnaires et les évangélisateurs chrétiens ont ainsi fait connaître le christianisme dans le Saint Empire romain en montrant des manuscrits et des psaumes illustrés de monastère en monastère.


    "L'information se propageant de cette façon, on parvint peu à peu à une uniformité de style et de présentation. Avec le développement des livres en parchemins et des plumes, le Saint Empire romain avait besoin d'une nouvelle écriture, qui soit d'une exécution plus rapide et plus fluide sur les nouveaux supports lisses. L'onciale et la semi-onciale virent le jour et ces écritures servirent à la rédaction des manuscrits que les missionnaires emportaient pour les montrer.
    "Les manuscrits étaient en eux-mêmes assez ordinaires. Le texte était aligné à gauche et comportait quelques lignes en retrait et les majuscules, simples, n'étaient là que pour embellir. Il y avait peu de ponctuation pour aider le lecteur à lire le texte en latin, bien que les interlignages et les interlettrages de l'onciale soient clairs et faciles à suivre.


    "Aux IXème et Xème siècles, le monde de l'écriture connut de grands changements. Charlemagne, le roi des Francs (768-814) qui régnait sur une grande partie de l'Europe du Nord, sur l'Espagne et l'Italie, fut à l'origine d'un renouveau culturel, qui toucha également l'écriture. Il chargea celui qui devint son précepteur, Alcuin d'York, de simplifier l'écriture utilisée par les copistes. Alcuin créa la minuscule carolingienne, qui fut tout d'abord adoptée dans tout le Saint Empire romain puis, à la fin du Xème siècle, dans toute l'Europe. Dans le même temps, le rôle du copiste commença à changer. Les cours royales et les familles de la noblesse avaient désormais leurs propres copistes. Et, comme l'éducation et la soif de connaissance s'accroissaient, les services du copistes prirent de l'ampleur et l'art d'écrire ne se limita plus à l'Eglise mais servit aussi au commerce. Les copistes étaient devenus des membres de la société très respectés et bien rémunérés.

    "Dans leur vie quotidienne, les moines copistes travaillaient dans des scriptoriums au sein des monastères. Le copiste le plus ancien était chargé de répartir les tâches de copie. Chaque copiste avait sa spécialité et plusieurs copistes pouvaient travailler sur un même manuscrit à la fois. Certains moines étaient spécialisés dans les enluminures et les dorures, alors que d'autres se concentraient uniquement sur le travail de copie. La salle était divisée en postes de travail séparés, chaque moine bénéficiant d'une table en bois et d'un haut tabouret. Ses outils de travail étaient disposés sur sa table devant lui. Les ouvertures étaient fermées par des tentures pour éviter les courants d'air, mais cela ne suffisait pas pour préserver les moines du froid lancinant. Et ils travaillaient pendant de longues heures dans des conditions de froid extrême. La lumière était également un problème, en particulier en hiver durant lequel le travail se faisait surtout à la lueur des bougies.
    "Les moines ne travaillaient pas pour de l'argent mais pour "la gloire de Dieu" et pour répandre son enseignement. Quoi qu'il en soit, ils devaient éprouver une grande joie lorsqu'ils contemplaient les magnifiques manuscrits auxquels ils avaient participé, en particulier lorsque des pèlerins venaient de loin pour admirer leurs oeuvres. La majorité des grands manuscrits sont anonymes et ne sont pas signés. Certains présentent parfois des colophons, qui répertorient les noms des copistes et des enlumineurs ayant participé à l'ouvrage."




ALCUIN D'YORK

 "Alcuin était un homme remarquable dont les travaux ont eu une répercussion profonde sur la culture européenne. Né dans une riche famille du Yorkshire en 735, il intégra, enfant, l'école de la cathédrale d'York et y demeura comme maître, puis comme directeur en 778. Dans l'école, il mit sur pied une superbe bibliothèque de manuscrits. Charlemagne invita Alcuin à Aix-la-Chapelle, tout d'abord pour rencontrer d'autres érudits de l'Europe d'alors, puis pour qu'il fonde une école. L'empereur chargea Alcuin de la tâche de mettre au point une nouvelle écriture, qui réponde aux exigences croissantes en documents écrits. Alcuin conçut la minuscule carolingienne, une écriture cursive plus claire et plus uniforme que l'onciale. Avant de quitter Aix-la-Chapelle, Alcuin supervisa l'écriture des Psaumes d'or, un magnifique manuscrit enluminé à l'or."


Source : L'Art de la Calligraphie, Hachette Collections.

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